Le cannabis et les fringales
Liste de contenue
- Le rôle du THC dans la sensation de faim induite par la consommation de cannabis
- L’hédonisme du cannabis
- Quelle type de nourriture désire-t-on après avoir consommé du cannabis ?
- Le sommeil
- Les applications bénéfiques des fringales du cannabis
- Les fringales contre l’obésité
- Comment éviter les fringales lors de la consommation de cannabis ?
Chaque variété de cannabis produit des effets spécifiques qui dépendent de leur composition respective. Cependant, la grande majorité d’entre elles ont ceci en commun qu’elles engendrent une profonde sensation de faim chez qui les consomme. Le responsable de ce phénomène pourrait bien être la star des cannabinoïdes, le THC. Bien que certaines variétés en contiennent des proportions minimes inférieures à 1% (c’est le cas des variétés « Pure CBD »), on en trouve dans l’immense majorité des génétiques présentes sur le marché, surtout dans celles qui sont destinées à une usage récréatif.
Mais d’autres facteurs influençant également cette relation entre cannabis et fringales ont aussi été étudiés dans le cadre d’études scientifiques.
Le rôle du THC dans la sensation de faim induite par la consommation de cannabis
Le système endocannabinoïde (SEC) assure la communication entre les cellules. Il est composé de récepteurs cannabinoïdes endogènes (ou endocannabinoïdes) qui interagissent avec les cannabinoïdes naturels (ou phytocannabinoïdes) présents dans la marijuana. C’est au travers de ce système que les mammifères régulent leurs fonctions métaboliques. C’est donc à travers lui qu’est contrôlée la sensation de faim.
Le THC interagit avec les récepteurs CB1 du SEC. La consommation de THC active ainsi diverses voies neurologiques qui influent sur la sensation de faim et la recherche active de nourriture :
- Amélioration de la capacité olfactive : la consommation de THC conduit à une appréciation accrue de l’odeur des aliments, lesquels paraissent donc plus appétissants et attractifs qu’à l’accoutumé.
- Sécrétion de ghréline : c’est l’une des hormones responsables de la sensation de faim. Elle est sécrétée par des cellules de l’estomac quand celui-ci est vide. Elles ne cessent d’en produire que lorsque l’estomac se remplit de nourriture. La sécrétion de ghréline causée par l’activation des récepteurs CB1 pourrait donc expliquer la sensation de fringale engendrée par la consommation de cannabis même chez les individus qui ont l’estomac plein.
- Inhibition de la leptine dans l’hypothalamus, la région du cerveau responsable de la régulation de la faim. Cette hormone produite par le tissu adipeux agit sur l’hypothalamus pour supprimer la sensation de faim. Mais l’activation des récepteurs CB1 inhibe son action.
L’hédonisme du cannabis
La plupart des études consacrées au lien entre THC et sensation de faim ont été réalisées sur des animaux et non sur des humains. Des chercheurs de l’Université de Liverpool ont donc cherché à combler cette lacune. Désireux d’étudier les aspect psychologiques sous-tendant les fringales du cannabis, ils ont réalisé un sondage auprès des consommateurs pour en apprendre davantage.
Pour ce faire, ils ont séparé deux aspects de ces fringales, le côté hédoniste d’une part et l’appétit de l’autre. Le premier est lié au plaisir de manger et à la satisfaction des sens qui accompagne cette action. Le second est lié au besoin de manger, à la nécessité de satisfaire un besoin.
Les chercheurs ont conclu de leur étude que le facteur hédoniste joue un rôle essentiel dans les fringales du cannabis et qu’il est fortement influencé par le système endocannabinoïde.
- Saveur : la majorité des participants à l’étude ont assuré profiter plus profondément de la nourriture après avoir consommé du cannabis. Selon eux, les aliments présentent alors un goût plus intense et globalement meilleur. Ils ont aussi assuré que la consommation de cannabis leur permettait d’apprécier une plus large gamme de saveurs.
- Plaisir des sens : le simple fait de mastiquer et d’avaler s’avère plus agréable après consommation de cannabis, d’après l’étude. Cette plante permettrait par ailleurs d’apprécier plus profondément la texture de la nourriture.
- Température : le cannabis permettrait également de mieux apprécier la température de la nourriture et d’en tirer davantage de plaisir.
La coquille du noyau accumbens semble être l’une des zones du cerveau responsable du plaisir sensoriel engendré par la stimulation hédoniste du système endocannabinoïde.
Les récepteurs CB1 y sont, en effet, présents en nombre, ce qui permet au THC d’aisément activer les mécanismes de récompense régulés par cette partie du cerveau. Voilà l’explication avancée par les chercheurs de l’Université de Liverpool aux fringales du cannabis.
Quelle type de nourriture désire-t-on après avoir consommé du cannabis ?
Au contraire des études antérieures, le sondage réalisé par l’Université de Liverpool révéla que les encas que le cannabis rendait les plus appétissants n’étaient pas les sucreries. En fait, la majorité des participants à l’étude ont affirmé qu’après avoir consommé de la marijuana, ils appréciaient tous les types de nourriture. Cette révélation ouvre la voie à des applications médicales particulièrement prometteuses.
Les consommateurs de cannabis sont conscients que cette plante leur ouvre l’appétit. Ils savent aussi que sa consommation rend la nourriture meilleure et qu’elle leur permet de distinguer des nuances et des richesses de goût qu’ils sont habituellement incapables de percevoir.
À présent, abordons le dernier protagoniste de ce fascinant univers des fringales.
Le sommeil
En 2019, des chercheurs américains ont étudié les effets du sommeil sur le système endocannabinoïde. On sait que la privation de sommeil augmente la sensation de faim. De plus, la qualité – et la quantité – du sommeil influe sur nos choix en matière de nourriture : le manque de sommeil nous oriente vers des aliments sucrés et riches en calories susceptibles d’apporter un boost d’énergie. Mais pourquoi donc ?
L'étude américaine révéla que le manque de sommeil affecte le système endocannabinoïde, ce qui conduit à l’augmentation des taux de 2-oléoylglycérol ou 2-OG. Cette substance, un monoacylglycérol présent dans les tissus biologiques, affecte les régions du cerveau chargées de la perception de l’odeur des aliments et rend plus appétissante la nourriture riche en calories. Ça vous dit quelque chose ?
L'impact du sommeil sur le système endocannabinoïde est en effet fort similaire à celui du cannabis lui-même sur le système en question. Pour limiter les fringales du cannabis, ou au moins les maintenir à un niveau acceptable, évitez donc de combiner cannabis et manque de sommeil.
Les applications bénéfiques des fringales du cannabis
Les fringales du cannabis ne sont pas toujours indésirables. Plusieurs recherches se concentrent d’ailleurs sur ces mécanismes du système endocannabinoïde pour stimuler l’appétit dans certaines circonstances spécifiques.
C’est le cas de l’anorexie-cachexie, un syndrome généré par certains types de chimiothérapies et radiothérapies. Ces traitements du cancer engendrent des pertes d’appétit et de poids chez les patients, des effets secondaires indésirables que le THC s’est avéré capable de contrecarrer dans le cadre de certaines études expérimentales.
Les cannabinoïdes et leurs propriétés médicales
Nous vous présentons dans cet article les principaux cannabinoïdes que l'on peut retrouver dans la plante de cannabis: THC, CBD, CBN, CBG, CBC, THCV... n'auront ainsi plus de secrets pour vous. Nous résumerons notamment les principales propriétés médicales connues à ce jour pour chacun d'entre eux, accompagnées de certaines astuces pour vous aider à augmenter ou à modifier le taux de certains de ces cannabinoïdes. Quel est le meilleur cannabinoïde pour soulager la douleur? Comment limiter les effets psychoactifs du THC? Pourquoi est il important de bien conserver sa récolte de cannabis? Les cannabinoïdes étant produits dans les trichomes de la plante de cannabis, comment stimuler la formation de résine? Vous trouverez dans ce guide toutes les réponses à ces questions, et apprendrez ainsi à obtenir le meilleur potentiel de vos plantes de marijuana.
Les fringales contre l’obésité
Le cannabis est plein de surprises. Si vous pensiez que les fringales qu’engendre sa consommation étaient incompatibles avec un régime minceur, sachez qu’une étude canadienne publiée en 2013 prouve le contraire.
Ses auteurs sont partis du constat que les consommateurs de cannabis sont peu enclins à l’obésité. Comme cause possible de cette situation, ils sont parvenus à écarter la consommation de tabac, le sexe ou l’âge.
Ils ont ainsi avancé que l’exposition aux cannabinoïdes de la marijuana, en particulier le THC et le CBD, réduisait les risques d’obésité. Selon eux, ces composés exerceraient un effet antagoniste sur les récepteurs CB1 après une administration prolongée.
En d’autres termes, avec le temps, les récepteurs CB1 perdraient leur sensibilité à l’action de leur agoniste (le composé qui les active). Leur contact n’engendrerait donc plus de réaction. Dans cette situation, le THC et le CBD prendraient progressivement un rôle d’antagonistes, puisqu’en s’unissant aux récepteurs CB1 sans les activer, ils empêcheraient d’autres endocannabinoïdes susceptibles de les activer de s’y unir.
Les récepteurs CB1 se retrouveraient donc totalement inhibés, comme en sommeil. En conséquence, les fringales initiées par ces mêmes récepteurs ne se manifesteraient plus.
Comment éviter les fringales lors de la consommation de cannabis ?
Si cette démonstration ne vous convainc pas et si vous désirez malgré tout éviter les fringales, sachez qu’il existe une solution qui n’implique aucunement d’abandonner la consommation de cannabis.
Il semble en effet qu’opter pour des variétés riches en THCV serait la solution. Le THCV est un cannabinoïde proportionnellement moins présent dans la marijuana que le THC et le CBD mais dont les propriétés n’en sont pas moins intéressantes pour autant, puisqu’il agit, entre autres sur la satiété.
D’ailleurs, d’après une étude publiée en janvier 2020, le THCV serait plus efficace que le THC dans le traitement de certaines maladies car il n’est pas psychoactif. Hélas, le débat fait rage sur cette question et les scientifiques ne partagent pas tous le même avis. Certains affirment en effet que le THCV engendre bel et bien un effet psychoactif mais que celui-ci est moins durable, plus lucide et plus énergique que celui provoqué par le THC. De nouvelles recherches seront nécessaires pour faire toute la lumière sur cette question.
Une chose est cependant certaine : ce cannabinoïde inhibe l’appétit, accélère le métabolisme et stimule le contrôle de la glycémie. Dans un futur pas si lointain, il pourrait donc contribuer efficacement au traitement de maladies comme le diabète ou l’obésité.
Ce n’est pas un hasard si de nombreuses entreprises cherchent obstinément à produire des variétés riches en THCV. Très bientôt, les fringales ne seront donc peut-être plus une conséquence inévitable de la consommation de cannabis.
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Références :
- Cannabinoids enhance gastric X/A-like cells activity. Robert Lukasz Zbucki, Bogusław Sawicki, Anna Hryniewicz, Maria Małgorzata Winnicka
- Negative Regulation of Leptin-induced Reactive Oxygen Species (ROS) Formation by Cannabinoid CB1 Receptor Activation in Hypothalamic Neurons. Letizia Palomba, Cristoforo Silvestri, Roberta Imperatore, Giovanna Morello
- Exploring the munchies: An online survey of users' experiences of cannabis effects on appetite and the development of a Cannabinoid Eating Experience Questionnaire. Carl A Roberts, Gerry Jager, Paul Christiansen, Tim C Kirkham.
- Olfactory connectivity mediates sleep-dependent food choices in humans. Surabhi Bhutani, James D Howard, Rachel Reynolds, Phyllis C Zee, Jay Gottfried
- Cannabis and Δ9-tetrahydrocannabinol (THC) for weight loss? Bernard Le Foll, Jose M.Trigo, Keith A.Sharkey, Yann LeStrata
- Δ9-Tetrahydrocannabivarin (THCV): a commentary on potential therapeutic benefit for the management of obesity and diabetes. Amos Abioye, Oladapo Ayodele, Aleksandra Marinkovic, Risha Patidar.