Application spirituelle, religieuse et traditionnelle du cannabis

 Jamaïque, Rastafaris et Cannabis

La croyance rasta est née en Jamaïque dans les années 30 et a été créée en partie par Leonard Percival Howell, considéré comme le tout premier rastafari de l’histoire. Ce mouvement est né d’une volonté d’indépendance du peuple noir de Jamaïque envers les colons blancs, il a notamment servi à redonner de la fierté au peuple noir descendant d’esclaves présents sur l’île. La doctrine Rasta n’est pas rigide et beaucoup de pratiquants l’adaptent suivant leur ressenti personnel. De nombreux Rastas pensent que Jésus Christ est redescendu sur terre une seconde fois sous l’incarnation de l’Empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié I et le considèrent donc comme la représentation de Dieu (Jah) sur terre. La doctrine Rasta prône le rapatriement (spirituel ou physique) de tout le peuple noir en l’Afrique, et considère que l’Éthiopie représente le Mont Zion, la terre promise.

Leonard Percival Howell a rapidement formé une communauté de rastas aux alentours de Kingston sur les collines de St Catherine afin qu’ils puissent vivre leurs doctrines sans être tracassés par la police. Afin de survivre dans ces conditions, la communauté formée par Leonard Howell a dû cultiver des produits commerciaux afin de se nourrir et gagner un peu d’argent sur les marchés de la ville comme par exemple des fruits et des légumes mais également des plantes de cannabis, dont la consommation était déjà très appréciée par les habitants de la Jamaïque, y étant culturellement bien enracinée.

Rasta consommant le chalice ,pipe à eau traditionelle.

Rastas consommant le chalice, pipe à eau traditionnelle. (Photo: Colin Jones / Impact Photos)

Le mouvement rastafari a rapidement conservé cette plante pour les rites religieux, la considérant alors comme l’herbe sacrée permettant l’élévation de l’âme. Ils utilisent le cannabis en tant que sacrement, et considèrent qu’il permet de se rapprocher de Dieu tout en apportant une vision critique nécessaire pour rester libre face au conditionnement de la société occidentale que les Rastas nomment Babylon. Dans de nombreuses religions de l’encens est brûlé à l’intérieur des temples ou des églises pour honorer Dieu, les Rastas considèrent le corps comme un temple et symbolisent la consommation du cannabis comme l’utilisation de l’encens.

Pour justifier l’utilisation de la plante dans leurs doctrines les rastas se rapportent à plusieurs passages de la bible avec notamment la Genèse 1:12 : «La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. » Ils citent également d’autres extraits de la Bible pour légitimer l’utilisation du cannabis : …tu mangeras de l’herbe des champs. (Genèse 3:18) …dévorent toute l’herbe de la terre. (Exode 10:12) Mieux vaut de l’herbe pour de la nourriture, là où règne l’amour, qu’un bœuf engraissé, si la haine est là. (Proverbes 15:17) Il fait germer l’herbe pour le bétail, et les plantes pour les besoins de l’homme… (Psaumes 104 :14).

Jésus et les apôtres utilisaient du cannabis

Jesus Christ et le Cannabis

Jesus Christ et le Cannabis

Comme nous l’avons vu, selon les interprétations, la Bible évoque à plusieurs reprises l’utilisation du cannabis, il est donc normal de retrouver cette plante dans les différentes religions se rapportant à cet ensemble de livres (ancien et nouveau testaments), comme par exemple le Judaïsme ou le Christianisme.

Des chercheurs ont démontré que l’usage d’une huile à base d’un extrait du cannabis, nommé Kaneh-bosem était employée lors des premiers jours de l’Église Chrétienne. Le mot Christ est d’ailleurs la traduction grecque de l’hébreu « Messiah » signifiant celui qui a été plongé dans l’huile.

La recette de cette huile est décrite dans l’Exode (30 :22-23) et contiendrait du Kaneh-bosem, substance que différents étymologistes, linguistes, anthropologistes et botanistes parmi d’autres chercheurs ont identifié comme étant du cannabis.

Cette huile aurait permis à Jésus et ses apôtres de soigner « miraculeusement » des personnes atteintes de maladies mentales et physiques (« Et ils chassèrent plusieurs démons, et oignirent d’huile plusieurs malades, et ils les guérirent » (Marc 6 :13). Les disciples de Jésus étaient littéralement plongés dans cette huile puissante, puis il les incitait à répandre cette pratique vers les autres fidèles afin de guérir les maladies oculaires, les problèmes de menstruation et les maladies dermatologiques. Jésus semble donc avoir été un grand militant pour le cannabis médical !

Hindouisme et Cannabis en Inde

Fakirs préparant le bhang

Fakirs préparant le bhang

L’Inde est un pays particulièrement adapté à la culture du cannabis, il est donc assez naturel de retrouver dans ce pays une utilisation de la plante à la fois culturelle, traditionnelle et religieuse.

L’hindouisme, souvent considéré comme l’une des religions les plus anciennes au monde, est également la religion la plus importante en Inde puisque l’on estime que 80% de ses habitants la pratique.

Ce n’est donc pas un hasard si dans cette religion nous pouvons notamment retrouver le Dieu Hindouiste Shiva (Dieu suprême), bien connu des amateurs de graines hollandaises, qui représente à lui seul l’importance de cette plante dans le pays.

En effet, Shiva est considéré comme le « Dieu du cannabis », selon la légende, Shiva se promenait dans un champ de cannabis après une dispute avec un proche. Fatigué par le soleil et cette dispute, il fît la sieste au pied d’une plante. Quand il se réveilla, sa curiosité le poussa à déguster les feuilles de la plante. Instantanément revigoré, Shiva fît de cette plante sa nourriture favorite et devint ainsi le Seigneur du Bhang.

Le Dieu Shiva est donc décrit dans la collection de livres sacrés Vedas, comme le Seigneur du « bhang », boisson traditionnelle faite à base de cannabis, de lait, de sucre et d’épices. Son utilisation religieuse se retrouve notamment lors des actes sexuels du yoga religieux tantrique. Avant les séances, le bhang est consommé en récitant un mantra à la déesse Kali et permet, selon les Hindouistes, de rehausser l’expérience apportant l’unité mentale du corps et de l’esprit promis par les séances de yoga tantrique.

En dehors de son utilisation spirituelle, le bhang jouit également d’une place privilégiée dans la vie des Indiens qui lui ont donné une utilisation traditionnelle. Le bhang possède pour les indiens une place identique à l’alcool dans la vie des occidentaux, il est par exemple communément servi comme preuve d’hospitalité lors de la réception d’invités chez soi.

Shiva consommant le bhang

Shiva consommant le bhang

Le charras (concentré de résine de cannabis récolté à la main) possède également sa place dans la consommation religieuse du cannabis en Inde puisqu’il a pour ainsi dire la même importance que le vin pour les chrétiens.

Les Fakirs considérés comme des hommes sains en Inde utilisent le charras pour avoir l’impression d’être en plus étroite relation avec leur Dieu. Le charras est également fréquemment consommé par les mystiques Indiens durant la cérémonie de prière appelée Puja.

Dans la religion hindouiste les Sâdhus sont des croyants renonçant à toute forme de confort, ils coupent les liens avec leur famille et la société pour se concentrer uniquement sur la méditation. Les Sâdhus représenteraient 0,5% de la population indienne soit 4 à 5 millions de personnes.

Durant le festival religieux Kumbha Mela qui regroupe des millions de personnes, les sâdhus représentent une grande partie des participants et ils consomment durant cette journée de grandes quantités de charras en utilisant des chillums à l’image du dieu Shiva.

Le cannabis traditionnel en Amérique du Nord

Malheureusement, lors de l’invasion des colons blancs en Amérique du Nord de nombreuses cultures et religions des peuples autochtones ont été détruites ou marginalisées par les envahisseurs Européens. Des preuves de l’utilisation de la plante de cannabis parmi les peuples autochtones ont pourtant été retrouvées comme des traces de résine raclée sur des pipes vieilles de 500 ans à Morriston (Ontario) et qui contenaient des traces de cannabis.

Célébration Otomie

Célébration Otomie

Aujourd’hui il existe encore des tribus nord-américaines, au Mexique en particulier, avec notamment les indiens de la région d’Hidalgo, de Puebla et de Veracruz, qui utilisent une plante qu’ils nomment Rosa Maria ou Santa Rosa (identifiée comme étant du Cannabis) et qu’ils considèrent comme un intermédiaire pour communiquer avec la Vierge et une partie du cœur de Dieu. Les cérémonies sont centrées sur des éléments chrétiens mais considèrent la plante de cannabis comme une divinité vivante terrestre.

Les guérisseurs tepehuas et otomies de la montagne de Puebla cultivent du cannabis qu’ils consomment en infusion dans un but divinatoire et rituel. Pour les Otomies de la région de Zapote de Bravo à Veracruz, la Santa Rosa fait partie d’un ensemble culturel, religieux, magique et thérapeutique. On retrouve ce type d’utilisation dans de nombreuses autres régions d’Amérique du Nord comme chez les nahuas originaires de la Sierra Nevada de l’État de Mexico, ou également à San Miguel Totolapan dans l’État de Guerrero.

Une consommation thérapeutique et religieuse commune

Le Cannabis, une plante sacrée

Le Cannabis, une plante sacrée

Un simple article n’est pas suffisant pour aborder les différentes utilisations spirituelles de la plante de cannabis à travers les âges et les continents. Il existe de nombreux autres cultes ou religions qui ont utilisé le cannabis dans leurs rituels comme le Shintoïsme au Japon qui s’en servait pour unir les couples et chasser les mauvais esprits, les Soufis au sein de la religion Musulmane qui utilisaient également le cannabis pour sa capacité à unir le croyant avec le Divin, sans oublier les différentes tribus d’Afrique comme la tribu Baluka au Congo, les Bashilenge ou encore la secte Senusi provenant de la région centrale du Sahara qui ont tous utilisé la plante de cannabis dans un but thérapeutique justifié par une utilisation religieuse.

L’Europe n’est pas en reste puisque dans l’ancienne mythologie germanique, le cannabis était associé à la déesse scandinave de l’amour, Freyja, il en va de même pour les Celtes qui auraient vraisemblablement consommé du cannabis si l’on se réfère aux traces de haschisch retrouvées sur le site de Hallstatt.

Alors que nos ancêtres n’avaient pas d’explications sur les bienfaits apportés par la plante de cannabis et qu’ils ont du justifier son utilisation grâce à la religion, nous sommes à présent plus que jamais informés sur les vertus de cette plante par des études scientifiques. Sa consommation reste pourtant encore bien souvent interdite et parfois lourde de conséquences légales dans de nombreux pays. Ne serait-il pas temps de redonner à la plante de cannabis la place qu’elle mérite dans notre société ?

Germania de Philipp Veit 1848 - La branche de cannabis représente la paix

Germania de Philipp Veit 1848 – La branche de cannabis représente la paix

Sources utilisées pour cet article: 

2 commentaires


2 comments on “Application spirituelle, religieuse et traditionnelle du cannabis

  1. seb

    super merci beaucoup ..

  2. Sosa

    Tres interessant, tellement de peuples l utilisaient, mais comment on en est arrivé a cette grande repression.free the weed!!!

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