Plantes allélopathiques et culture du cannabis

L’allélopathie est un phénomène Naturel permettant à certains composants biochimiques produits par un organisme d’avoir une répercussion directe sur la croissance et le développement d’autres organismes. L’action de ces composants peut être positive, en encourageant le développement d’autres organismes (nous parlerions d’allélopathie positive) ou bien négative, produisant une série d’effets néfastes sur certains (ou l’ensemble) des organismes se trouvant à proximité (allélopathie négative). L’ensemble des substances biochimiques possédant ces propriétés sont connues sous le nom d’allélochimiques.

Comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, en botanique et en agriculture ces propriétés ont été étudiées depuis des décennies et pour différentes raisons. Grâce à ces caractéristiques, il est possible d’utiliser ces plantes pour inhiber la croissance d’autres espèces végétales ou la reproduction d’insectes qui peuvent être des parasites, réduisant en grande partie l’utilisation d’insecticides. Il s’agit probablement de l’utilisation la plus fréquente parmi les agriculteurs du monde entier. Cependant, il existe d’autres relations moins connues, mais tout aussi intéressantes, comme le fait que certaines plantes favorisent la production de terpènes sur d’autres plantes proches … quelque chose que saura apprécier le cultivateur de cannabis, et pas qu’un peu !

De nombreuses espèces végétales sont bénéfiques pour les plantes proches

Allélopathie dans les cultures contrôlées

Étant donné les caractéristiques allélopathiques de certaines espèces végétales et comme nous l’avons commenté, il est logique que l’agriculture profite de ces propriétés pour obtenir les meilleurs récoltes possible, mais également pour limiter les risques d’invasions de parasites et de maladies. Tout le monde a déjà vu une rangée de belles fleurs entourées de plants de tomate dans un jardin. Elles ne sont pas là pour faire joli ! Des fleurs comme les œillets d’Inde sont, par exemple, efficaces pour éloigner les nématodes grâce à l’allélochimie. La plupart de ces composants (la plupart apparemment) sont exsudés à travers les racines des plantes, même si cela peut passer par les feuilles, les fleurs ou même le tronc. Ces allélochimiques affecteront les plantes, la faune et même les champignons et bactéries les plus proches.

Parmi ces substances nous retrouvons les terpènes, des composants aromatiques très connus par les amateurs de cannabis. Leur activités est négative en général, soit ils éloignent les insectes, soit ils inhibent la germination d’autres graines à proximité. Des exemples que nombreux d’entre vous auront en tête, c’est le pin ou l’eucalyptus ; si vous êtes attentif, normalement aucune autre plante ne germe sous ces plantes !

L’eucalyptus exerce une puissante action inhibitrice sur la germination d’autres plantes

Nous trouverons des dizaines de plantes qui interagissent avec leur environnement, en créant des relations aussi bien symbiotiques (positives) qu’antagonistes (négatives) avec d’autres espèces végétales, même avec la faune présente dans l’écosystème en question. Faisons un bref récapitulatif de ce type de plantes avant de voir les plus utiles pour la culture extérieure de cannabis.

Types de plantes allélopathiques

Pour faire simple, ces plantes se divisent en deux catégories :

Plantes accompagnantes

Nous parlons de plantes accompagnantes quand sont placés certains types de plantes à côté d’autres végétaux afin d’obtenir une action bénéfique (ou bien mutuelle, ou seulement sur certaines plantes). Une association est créée pour bénéficier à des espèces (ou toutes) que ce soit durant la germination, la croissance ou la floraison des plantes. Il s’agit simplement de combiner différentes espèces qui pourront profiter des bénéfices de cette association. De plus, nous « reproduisons » la variété propre à la Nature, en diminuant les probabilités d’invasion d’insectes par rapport à d’autres techniques comme la monoculture.

Comme nous le savons, les plantes exsuderont des allèles chimiques à travers les racines, les feuilles, les fleurs et le tronc qui seront absorbés par les plantes proches, en créant cette association bénéfique. Un exemple qui intéresse spécialement le cultivateur de cannabis est l’ortie, qui provoque une augmentation de la puissance des arômes des plantes qui l’entoure (la même chose se passe avec d’autres plantes comme l’achillée millefeuille) grâce à une augmentation de la production d’huiles essentielles. Une option pour profiter au maximum de ce phénomène est la farine d’ortie Urtifer de Trabe, que vous pouvez retrouver aussi bien en format liquide que solide (poudre).

Les allèles chimiques de l’ortie provoquent une augmentation de l’arôme des plantes proches

Voici quelques exemples de plantes accompagnantes utilisées : ail, fraise, céleri, carottes, salade, tomate, maïs, concombre, poireau, aubergine, choux, souci officinal, pois et plantes aromatiques, entre autres.

Plantes répulsives

Comme leur nom l’indique, il s’agit de plantes qui – normalement à cause de leur arôme intense – éloignent différents insectes parasites. Il peut arriver qu’une espèce en particulier serve à éloigner un insecte en particulier, il pourra également être efficace contre plusieurs types de parasites. Les propriétés répulsives de l’arôme peuvent atteindre 10 mètres de distance, il ne faut donc pas les négliger. De plus comme nous le savons, certaines plantes peuvent inhiber la croissance d’autres espèces, quelques chose qui peut être très utile dans certains cas.

De nombreuses plantes aromatiques sont utilisées dans ce but, entourant les cultures à protéger. Nous pouvons dire que toutes les plantes aromatiques exercent, d’une façon ou d’une autre, une certaine influence positive sur les plantes proches, à l’exception d’une que vous devrez éviter à tout prix : le fenouil. En fonction du parasite, et comme vous le verrez par la suite, nous utiliserons un type ou un autre de plante :

  • Mouche blanche : Basilic, calendula, capucine, sauge, menthe
  • Araignée rouge : Basilic, prêle, neem, cannelle
  • Puceron : Origan, hysope, basilic, capucine
  • Trips : Prêle, basilic, neem, chrysanthème
  • Nematodes : Clou de girofle, calendula (soucis)
  • Fourmis : Capucine, menthe, origan
  • Escargots : Capucine, hysope
  • Chenilles: Bacillus Thuringiensis
  • Champignons : Prêle

Arbre de Neem au milieu d’une culture Bananière en Inde

Plantes piège

Il s’agit de l’utilisation de plantes qui sont spécialement attractives pour certains parasites en particulier, comme la mouche blanche ou l’araignée rouge. En plaçant les plantes piège proche des plantes à protéger, les insectes les coloniseront rapidement, il sera alors beaucoup plus facile d’éradiquer l’invasion que si elle était dispersée dans différentes zones de l’armoire. Une autre technique intéressante est de placer des plantes qui stimulent la reproduction des prédateurs naturels des plantes qui menacent notre culture, cela permet de stimuler la lutte biologique de façon 100% naturelle.

L’une des plus utilisées – et qui peut très bien marcher pour le cultivateur de cannabis – c’est la plante de tabac, qui attire la mouche blanche, ce qui permet de la maintenir éloignée de nos plantes et rend plus facile leur éradication postérieure.

Allélopathie dans la culture du cannabis

Comme nous avons pu le voir, nous pouvons profiter des propriétés de toutes ces plantes pour avoir un jardin sain, productif et surtout entretenue de façon responsable et intelligente. En plus des bénéfices propres de ces plantes, l’économie de pesticides engendrée aussi bien au niveau économique que pour l’impact environnementales est important, quelque chose que chaque cultivateur en extérieur devrait prendre en compte.

Introduire dans notre culture des plantes aromatiques ou des fleurs comme les calendules ou soucis, apportera une série de bénéfices par rapport à la prévention des parasites pour notre jardin que nous ne devons pas ignorer, mais également planter des orties ou appliquer de la poudre d’ortie pour augmenter la production des huiles essentiels. Comme vous l’aurez vu, les propriétés des allélochimiques ne s’utilisent pas qu’avec la plante vivante, il est également possible de préparer des thés, des infusions ou du purins qui s’appliqueront directement sur les plantes à traiter.

Bourgeons de prêle en croissance dans un jardin aux côtés d’autres végétaux

Au sein des produits commercialisés qui profitent de ces propriétés nous pouvons trouver aussi bien des insecticides que des fongicides, et certains comme la prêle de Trabe sont utilisés pour traiter différents problèmes. Voici certains des plus efficaces :

  • Spruzit de Neudorff combine un mélange de pyréthrine (un extrait de chrysanthème) avec de l’huile de colza, il est efficace pour combattre un grand nombre d’insectes suceurs.
  • Le Neem (arbre originaire d’Inde et de Birmanie) possède également d’intéressantes propriétés insecticides, qui peuvent s’utiliser sous forme d’extrait. Neemazal de Trabe ou BioNeem de Prot Eco sont des options disponibles.
  • Les propriétés de l’ail sont également présentent dans Alliumprot de Prot Eco, un insecticide très efficace qui combine d’autres types d’extraits végétaux pour augmenter encore plus le rendement des plantes. Aliosan de Trabe est une autre excellente option.
  • La même chose se passe avec la cannelle, qui en plus de ses propriétés antifongiques possède un grand effet répulsif pour l’un des parasites les plus redoutés des cultivateurs de cannabis, l’araignée rouge. Des produits comme Cinnaprot de Prot Eco en comporte.
  • Les chenilles, qui peuvent représenter un grand danger quand les plantes sont à point pour la récolte, cela peut être évité en utilisant des produits à base de bacillus thuringiensis comme Cordalene de Trabe, ce qui peut nous éviter une grande déconvenue quand nous pensons que la culture est à point.
  • Enfin, des produits comme Bio 16 Trifag de Prot Eco ou ATA Organics Take Care sont basés sur des champignons bénéfiques comme le trichoderma harzianum, en plus de comprendre d’autres bactéries et des microorganismes. Ils s’utilisent pour prévenir l’apparition des champignons de la racine qui peuvent tuer les plantes en quelques jours.

D’ailleurs, quand nous achetons des engrais ou additifs basés sur des extraits de plantes, nous profitons des bénéfices allélopathiques des plantes dont ils sont issues, en général comme stimulateurs d’activité biologique des plantes en particulier et pour augmenter au maximum le rendement final.

Le cannabis est-il plante allélopathique ?

Nous avons vu que la plante de cannabis peut profiter des propriétés allélopathiques des autres végétaux, mais … le cannabis influence-t-il d’autres plantes ? Comme nous savons que les terpènes font partie, du groupe d’allélochimiques exsudés par les plantes, et également que le cannabis est un grand producteur de ces composants aromatiques, la réponse semble logique. Cependant, l’influence que les allélochimiques du cannabis peuvent avoir sur les autres végétaux ne s’arrête pas aux terpènes.

L’une des fonctions des terpènes serait de protéger la graine jusqu’au moment de sa germination

Dans une étude menée à bien en 2015, il a été démontré que l’extrait des têtes de Cannabis Sativa L, empêche la germination des graines de salade (Lactuca Sativa L.). Il a également été démontré avec un extrait de racines, différents résultats : alors que cet extrait ne semblait pas avoir d’effet sur le taux de germination des graines de salade, il a été observé qu’il favorise la croissance des troncs et des racines. Dans une autre étude un lixiviat de feuille de plantes femelles de cannabis a été utilisé sur des plantes de Parthenium hysterophorus (communément appelé absinthe marron ou fausse camomille) et une diminution importante de l’activité biologique a pu être observée sur les exemplaires traités, qui ont présenté un taux de germination moins important, moins de poids de matière fraîche et moins de pigments.

Ce sont seulement deux exemples de la façon dont notre chère plante peut affecter d’autres végétaux grâce aux propriétés allélopathique de ses composants allélochimiques. Cependant, son action semble relativement faible, généralement limitée à la suppression de certaines plantes concurrentes. L’action allélopathique des cannabinoïdes et terpènes semble être en relation d’avantage avec la protection des graines jusqu’au printemps prochain plutôt qu’avec la protection de la plante vivante elle-même ; pensez-y bien, la plante meurt, des parties de cette dernière tombent au sol et au fur et à mesure de la décomposition de la matière végétale les cannabinoïdes et terpènes sont libérés, ils empêchent la germination d’autres plantes d’un côté et de l’autre ils protègent les graines des insectes, bactéries ou virus … des alliés de poids !

Nous espérons que nous vous aurons motivé à préparer vos prochaines cultures d’une façon plus efficace et respectueuse de l’environnement, vos plantes vous remercierons, et votre entourage également.

Joyeuses cultures !

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