Guide des extractions de concentrés de cannabis avec solvant

Que sont les extractions avec solvant ?

Nous avons déjà pu voir la grande variété de techniques permettant de séparer la résine de la matière végétale en utilisant des méthodes mécaniques, que ce soit par secousse ou par chaleur et pression. Il existe cependant une autre méthode pour effectuer cette séparation (une extraction dans ce cas), il s’agit d’utiliser des solvants, comme du gaz butane, de l’éthanol, du propanol ou du  par exemple. Pour faire simple, cela permet de dissoudre les trichomes dans le solvant liquide pour filtrer ensuite le mélange de la matière végétale. Après cela, il faudra purger le solvant avec un four à vide ou une cloche et une pompe à vide pour s’assurer qu’un minimum de traces de solvant reste dans l’extraction. Les solvants peuvent se diviser en deux groupes, polaires et apolaires (mais dans les deux cas, il existe toujours un certain niveaux de polarité). Les solvants apolaires dissolvent les composants non polaires de la plante, dans ce cas les huiles et les lipides contenus dans les trichomes. Au contraire, les solvants polaires extraient les composants polaires (qui peuvent se dissoudre dans l’eau) comme la chlorophylle, ce qui se répercute souvent par des

Différentes textures de BHO : Shatter, Budder, Sugar Wax, Wax (Photo : @sergiohuertasdemaria)

Type d’extraction avec solvant

Effectuons un rappel au sujet des concentrés obtenus à partir des solvants les plus populaires utilisés aujourd’hui :

BHO (Butan Honey Oil)

Sans aucun doute l’un des extraits les plus connus dans le monde entier. Pour faire simple, il s’agit de dissoudre les trichomes avec l’aide du gaz butane qui sera ensuite purgé avec le vide et la chaleur, ce qui permettra d’obtenir un concentré d’une grande pureté et de grande qualité. La relative faible polarité du butane lui permet de ne pas extraire la chlorophile ou d’autres composants solubles dans l’eau, ce qui se traduit par un produit qui, s’il est purgé correctement, ne contient presque aucune impureté.

Même si les extractions au butane se réalisent depuis plusieurs années maintenant, les améliorations au niveau du matériel pour les extractions ont permis une augmentation notable de la qualité de ce type de concentrés, qui sont à présent d’une pureté supérieure et avec beaucoup moins de contaminant provenant des restes de solvant. Il est donc possible de trouver aujourd’hui un grand éventail d’extractions réalisées au butane proposant différentes textures et appellation, comme par exemple le budder, le shatter, le sap, le syrup, le sugar ou la wax. La texture final dépend de nombreux facteurs : la génétique, le profil de terpènes, la technique de purge ou la manipulation après l’extraction sont parmi les plus importants. Comme règle générale, les extractions de type shatter (qui ressemble à du verre de couleur ambré) contiennent plus de THC et moins de terpènes que les autres textures, produisant un effet plus puissant, mais avec une moins bonne qualité organoleptique.

Extractions Live Resin de grande qualité (Photo : @jahlonimo )

Live Resin

Il s’agit d’une forme de BHO de plus en plus populaire et pour laquelle est utilisé de la matière fraiche, sans séchage préalable. De cette façon on peut obtenir un produit spécialement aromatique, qui capture l’essence de la plante en vie. Connu pour sa texture collante à cause de la grande concentration de terpènes, vous pourrez en savoir plus sur cette technique avec notre article sur le Live Resin.

Sauce de terpènes ou HTFSE et HCFSE

Il s’agit probablement de l’un des extrait les plus innovant de cette nouvelle ère dans le règne des extractions avec d’importantes concentrations de terpènes, HTFSE (High Terpene Full Spectrum Extract ou extrait de spectre complet au fort contenu en terpènes) et HCFSE ( High Cannabinoid Full Spectrum Extract ou extrait de spectre complet au fort contenu en cannabinoïdes ) désigne les extractions réalisées avec du solvant à partir de têtes de grande qualité présentant un contenue en terpènes importants sur lesquelles est appliqué un processus de séchage sous vide avec de faibles températures. Durant le processus – qui peut durer trois semaines ou plus – l’huile se désagrège, avec le THC-A qui forme de petits cristaux reposant sur une flaque d’une substance semblable au miel et qui contient principalement des terpènes, avec tout de même le reste des cannabinoïdes secondaires et les flavonoïdes ce qui lui apportent un effet plus complet. Le contenue en THC du HCFSE tourne autour de 90% et propose l’apparence de diamants recouverts de sauce, alors que le HTFSE doit proposer un contenu en terpènes de 13 à 25% et est semblable à du miel (peut être un peu plus liquide) avec de petits cristaux à l’intérieur, avec une consistance plus liquide que le HCFSE.

HCFSE à gauche – HTFSE à droite

PHO (Propane Honey Oil)

Moins populaire que le BHO, l’huile au propane se réalise d’une façon très similaire (on change un solvant par un autre), il s’agit d’une extraction avec des ratios de cannabinoïdes et de cires légèrement différents. Le propane possède un point d’ébullition inférieur à celui du butane, il est plus facile à purger sans que le contenue en terpènes ne soit affectée. Ainsi, le PHO possède une texture plus visqueuse, qui comme nous l’avons vu s’associe aux extraits spécialement riches en terpènes. Cependant, le propane, est beaucoup plus cher que le butane, certains professionnels utilisent donc un mélange pour obtenir la meilleure efficacité.

Extraits sans cires (Dewaxing)

La résine de cannabis contient de façon naturelle une série de substances neutres, non-active, comme des cires et des lipides, qui ne possèdent pas d’effets médicinaux et on pense (même s’il faut plus de recherches) qu’ils pourraient être en relation avec certains problèmes respiratoires comme la pneumonie lipidique. C’est pour cela que de nombreuses personnes s’efforcent à obtenir l’extraction la plus pure, sans cires, spécialement ceux qui utilisent le cannabis médicinal inhalé.

Au départ on effectuait un processus compliqué appelé « winterization » qui implique l’utilisation d’un deuxième solvant – de l’éthanol en général – et d’un filtrage à froid. Même s’il s’agit d’un processus très efficace pour retirer les cires, on perd également une quantité considérable de terpènes, perdant ainsi aussi bien de la saveur que du potentiel thérapeutique. Aujourd’hui les cires sont filtrées durant le processus d’extraction, en travaillant avec des températures beaucoup plus basses, ce qui permet aux lipides de se solidifier pour qu’ils soient presque complètement filtrés. Cette seconde technique, en plus de retirer les cires comme la « winterization », préserve tous les terpènes et produit un BHO propre et savoureux.

QWET et QWISO

Ces lettres sont les abréviations pour Quick Wash Ethanol (lavage rapide avec éthanol) et Quick Wash Isopropyl (lavage rapide avec isopropylique). Il s’agit d’extractions réalisées avec de l’alcool, une technique beaucoup plus simple et sûr que l’utilisation de gaz inflammable. On utilise soit de l’éthanol (le même alcool présent dans les boissons alcoolisées et qui est produit par fermentation de levure et de sucre) soit de l’alcool isopropylique (obtenue grâce à des procédés chimiques combinant du propène et de l’eau, non adapté à la consommation humaine). C’est pour cela qu’il est conseillé d’utiliser uniquement de l’éthanol (QWET) pour faire ces concentrés. La qualité du produit dépend bien entendu du matériel de base utilisé, mais également du temps d’exposition au contact des têtes avec l’éthanol. Un bain ou un lavage rapide (1 minute) produit un extrait semblable à du shatter, transparent et qui une fois purgé, présente d’importantes concentrations de cannabinoïdes, mais un pourcentage de terpènes moins élevé que dans un bon BHO. Avec des temps d’exposition plus longs, d’autres substances non désirées sont extraites, comme les cires et la chlorophylle, ce qui produit un produit visqueux et obscur, semblable a l’huile de Rick Simpson (qu’il n’est pas recommandé de consommer par inhalation, mais plutôt par voie orale ou topique).

Extraction QWET avec Etanol

Diméthyléther, MZ12X , Dexso, DME

Le DME ou éther méthylique est apparu il y a quelques années comme une alternative plus sûre que les extractions au butane. Les fabriquants affirment que sa grande pureté, sa faible toxicité, et sa facilité de purge en font un solvant plus efficace, quelqu’un a même suggéré qu’elles n’auraient pas besoin de purge à vide (quelque chose que nous ne recommandons pas, il faut toujours faire le vide pour purger !!). Un autre avantage supposé est sa capacité a extraire plus de composants que le butane, permettant ainsi d’obtenir un éventail plus importants de cannabinoïdes et de terpènes, mais également de substances non désirées comme la chlorophylle (ce qui explique la couleur obscure de ce type d’extractions). Même si certains utilisateurs ont optés pour le DHO, ce solvant n’a pas su trouvé la faveur des professionnels, qui préfèrent utiliser du butane, du propane ou un mélange des deux.

Huile de Co2

Le Co2 est souvent utilisé par les laboratoires professionnels pour la grande pureté du produit obtenue, cela est surement dû au fait qu’il s’agisse du solvant qui laisse le moins de résidus dans l’extraction. L’inconvénient de cette méthode d’extraction est le lourd investissement économique nécessaire pour s’équiper du matériel de laboratoire permettant de réaliser cette extraction, mais également la perte de terpènes durant le processus d’extraction (de nombreux concentrés de co2 ont une odeur et une saveur semblables, même venant de plantes différentes). C’est pour cela que la grande partie des huiles de co2 produites sont destinées aux comestibles cannabiques ou aux teintures. Elles sont parfois mélangées avec des terpènes pour être chargées dans des cartouches pour vaporisateur ou e-cigs, une méthode de consommation des concentrés de résine de plus en plus populaire.

Extractions sans traces de solvant, distillats, Isolates

Il pourrait s’agir du futur des concentrés de cannabis. De plus en plus de consommateurs préfèrent le confort, la discrétion et la versatilité des vaporisateurs de type « pen », beaucoup moins encombrant que les accessoires pour le dab ! De plus, plus il y a de l’intérêt pour le cannabis médical, plus l’utilisateur recherche la facilité d’administration des doses. Les Distillats (distillates) et isolates (isolates) sont de plus en plus populaires dans le nouveau marché légal aux États-Unis, en partie grâce à une technique de laboratoire appelée distillation simple – ou short-path distillation– qui permet de nettoyer les extraits de toute trace de résidus (solvant, pesticides, cires, etc.). Il s’agit de l’un des concentrés les plus chers sur le marché, en effet le processus d’élaboration est beaucoup plus lent et couteux que les autres méthodes d’extraction.

De nombreux distillats se vaporisent

Distilats ou Distillates

Il s’agit en général de liquides visqueux qui contiennent des cannabinoïdes sous formes actives et avec une concentration pouvant atteindre 99%, pour un contenu en terpènes presque nul. Leurs couleurs varient de transparent à ambré, en passant par une belle gamme de nuances dorés, et ils sont utilisés en combustion, en vaporisation ou ingérés. Récemment, certains professionnels ont rajouté des terpènes dans ces distillations, avec lesquels ils remplissent les cartouches de vaporisateurs. Ce type de concentrés possède d’un côté des défenseurs (spécialement les utilisateurs médicinaux qui doivent consommer des doses précises), et d’un autre côté des détracteurs de ce système, qui argumentent que cette technique est généralement utilisée pour « récupérer » des extractions mal réalisées, mal purgées ou avec des résidus. C’est pour cela que les vrais professionnels utilisent uniquement des extraits de plantes d’origine organique pour produire les distillats médicinaux.

Isolates

Nous avons vu comment les cannabinoïdes actifs, les terpènes, les cires et les lipides d’un concentré peuvent se séparer grâce à la distillation. Et bien les isolates sont le résultat d’un processus de purification postérieure de ces cannabinoïdes actifs, décarboxilés. Pour préparer un isolate de CBD un deuxième solvant est nécessaire ainsi que différents processus chimiques qui permettent d’obtenir les Cristaux de CBD 99%. Un Isolate de THC-A est très difficile et compliqué à obtenir, un laboratoire est nécessaire, des produits chimiques comme le méthanol, des techniques d’évaporation rotative et chromatographie, etc. Cependant, il est possible d’obtenir une version plus rudimentaire de THC-A à partir de BHO en laissant évaporer lentement les terpènes, le THC-A finira par se cristalliser. Il faut préciser qu’il existe des doutes sur ces soit disant cristaux qui pourraient comporter des traces de solvants. Une autre façon d’y parvenir, plus sûr, est de réaliser un rosin de type budder a très basses températures et appliquer une pression suffisante pour dissoudre la plus grande partie des terpènes, séparant les cristaux de THC-A d’un côté et la sauce de terpènes de l’autre. Le grand inconvénient de cette dernière méthode est les faibles rendements obtenus.

Cristaux de CBD isolates avec une pureté de 99%

Nous espérons que cet article vous aura aidé à différencier correctement la grande diversité des concentrés de résine de cannabis réalisés avec solvant.

En vous souhaitant d’heureuses extractions !

4 avril 2018 | Extractions de cannabis
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